100 000 chiots importés : 20 000 morts !

Au printemps 2004, au moment où les élites des différents pays européens demandent aux peuples de se réjouir de l’entrée dans l’Union européenne des dix nouveaux pays de l’Europe de l’Est - dont les trois plus grands exportateurs de chiots- un grand nombre de problèmes ne sont réglés.

En ce qui concerne l’entrée annuelle de ces 100 000 chiots, il est clair que l’on a commencé par mettre en place l’Europe des trafics au lieu de commencer par construire l’Europe de la justice.

Au cours des dernières décennies, l’évolution des mentalités en France a conduit à une explosion des ventes de chiens et de chats, en particulier par l’intermédiaire des animaleries qui ont proliféré et pris une part importante du marché ! Ceci, grâce à des méthodes de ventes agressives : publicité tapageuse et mensongère, vente à crédit, etc…

Cette explosion du marché a coïncidé avec les transformations politiques, économiques et sociales des démocraties populaires d’Europe de l’Est, qui, à partir de 1989, se sont converties à une économie de marché, sans que les nouveaux États mis en place puissent jouer un rôle de régulation satisfaisant.

Dans ces pays, des entrepreneurs actifs ont compris tout le bénéfice qu’ils pouvaient tirer de cette nouvelle situation, à savoir : exporter à des prix défiant toute concurrence, des chiots, vers les consommateurs à haut niveau de vie de l’Europe Occidentale.

En France, ces courtiers sont apparus, pour servir d’intermédiaires entre ces producteurs de l’Est, et ces grandes surfaces animalières. Ils ont bénéficié à la fois de la construction Européenne facilitant la libre circulation des hommes et des marchandises, du laxisme et de la corruption de certains fonctionnaires chargés de rédiger et d’appliquer la législation et la réglementation et de faible mobilisation des amis des animaux.

En Loiret

Début 2000, Manuella et Gaétan s’intéressent à l’annonce que publie un éleveur du Loiret proposant des American Staffordshire à un prix dans leurs possibilités. L’affaire est conclue le 27 février 2000 et, pour la somme de 4 000 francs (610 euros), payable en 3 fois, ils deviennent propriétaires d’une petite femelle. Qui, en ces débuts d’application de la loi sur les chiens dangereux, devait donc obligatoirement être doté d’un pedigree ou, sinon, euthanasiée. Ce n’est que plus tard qu’ils apprennent que, profitant de leur méconnaissance de la langue tchèque, le nom de PRAXI mentionné sur le pedigree tchèque qui leur a été fourni avec leur femelle... était en réalité celui d’un mâle. Auquel, d’ailleurs correspondaient les papiers. Tout d’un coup, PRAXI, qui se trouvait sans pedigree, passait en 1ère catégorie, ce qui rendait son achat illégal et lui faisant courir des risques d’euthanasie. Inutile de dire que ses maîtres ont alors connu une période d’angoisse et ont, bien entendu, évité de sortir leur chienne dans des lieux fréquentés. Mais ils ont aussi remué ciel et terre dans toute l’Europe pour régulariser cette situation. En commençant par la France, en passant par la Belgique, pour finir par la République Tchèque dont la télévision, émue, a consacré un reportage à leur histoire. Ce qui leur a permis de voir, enfin, leurs démarches être couronnées de succès et, surtout, de refaire le parcours de PRAXI depuis sa naissance le 5 décembre 1999 à Hodonice en Moravie de l’Est (République Tchèque) chez un chauffeur routier aux revenus très modestes qui avait fait saillir une chienne pour arrondir ses fins de mois [1].

Ce monsieur qui n’,en était pas à son coup d’essai, avait, comme d’habitude, vendu sa portée entière de 6 chiots à une entreprise d’exportation spécialisée de Viskov, petite ville située à 40 kilomètres de Brno, capitale de la Moravie. Après avoir « récolté » une centaine de chiots, cette entreprise les a chargés dans un camion qui a pris la route de la Belgique. C’est le 18 janvier que, avec ses 5 frères et sœurs âgés seulement de 49 jours, PRAXI franchit les frontières allemandes et belges et arriva dans des hangars de la banlieue bruxelloise. Où elle a été « dégroupée », immédiatement réexpédiée et livrée le surlendemain, donc à l’âge de 51 jours, dans le Loiret. C’est ce qui s’appelle travailler en flux tendus, mais il est bien évident qu’en matière de commerce international, personne ne respecte la quarantaine imposée par la réglementation. Après un périple de plusieurs milliers de kilomètres, elle était donc rendue sur l'étal du commerçant à un âge auquel, si les lois avaient été respectées, elle n’aurait pas dû avoir quitté son élevage d’origine [2].

On peut se demander à quoi sert que le technocrate se soit décarcassé [3] pour peaufiner une réglementation voulant qu’en matière de commerce international les chiens et chats issus de pays non européens soient identifiés avant de quitter leur pays d’origine, vaccinés contre la rage (ce qui ne se peut avant qu'ils aient atteint l'âge de 3 mois) et qu'ils subissent une quarantaine d’une bonne semaine à leur arrivée en France ?

Puisque née le 5 décembre 1999, PRAXI qui n'avait que 49 jours lorsqu'elle est arrivée en Europe, aurait donc dû être interceptée au cours du franchissement de l'une de ces 3 frontières qu’elle a enchaînées les unes derrière les autres, c’est-à-dire à son entrée en Allemagne, en Belgique ou, au pire, en France. Pour le moins, le contrôle vétérinaire effectué pendant cette quarantaine légalement obligatoire qu’elle aurait dû subir avant de se retrouver derrière la vitrine d’un commerçant français aurait dû relever plusieurs des anomalies que contenait ce dossier. Ce commerçant se voyait systématiquement refusé l’agrément d’importateur par la D.S.V. Ce qui permettrait de subodorer quelque circuit parallèle permettant de s’approvisionner à l'étranger malgré les interdictions.

Ces chiots tchèques qui ont parcouru 1 300 km pour arriver dans une société d’import-export belge, pour être ensuite exportés vers la France étaient dans l’illégalité totale. Dans la plupart des cas, l’origine des chiots disparaissait et ils changeaient de nationalité à chaque étape de leur transfert.

Comme on pouvait logiquement l'attendre d'un animal ayant effectué aussi jeune un tel périple, PRAXI a connu de nombreux ennuis de santé, notamment une infection de l’utérus obligeant l’ablation de cet organe. Si PRAXI est maintenant une chienne adorable pouvant aujourd’hui se promener en ville, l'obtention du pedigree tchèque aura demandé 2 ans d’efforts.

En Pyrénées

Le cas de PRAXI rappelle cette mise en examen, en novembre 2000, par un juge d'instruction d’Angoulême, d’un très gros importateur, sur plainte déposée en juin 1999 par l'ANTAC à la suite des enquêtes de VVAC. Il s'agissait d’une première où, bien que la D.S.V. n’ait rien trouvé de répréhensible, la justice considérait malgré tout les conditions dans lesquelles s'étaient déroulées ces importations massives parfaitement illégales. Alerté par un calcul des enquêteurs qui faisait ressortir qu’un cabinet vétérinaire facturait 1 minute 40 par animal tatoué et vacciné, le juge d’instruction entendit et mit en examen des praticiens qui suivaient ce commerçant.

Il est à remarquer que, si plusieurs associations de protection animale accompagnaient la démarche de l’ANTAC (Fondation Bardot, S.P.A. de Paris, V.V.A.C., Fondation Trente Millions d’Amis, One Voice, et quelques autres, soit au total, 57 parties civiles) devant le Tribunal Correctionnel, l’ancienne directrice de la DSV en charge de ce commerçant tentait de le blanchir en déclarant à la barre qu'elle n’avait constaté aucune irrégularité dans cette établissement. Proclamation d’ignorance ayant abasourdi ceux des plaignants qui avaient en mémoire un arrêt par lequel la Cour d'appel de Bordeaux (4) fustigeait l’inertie de cette administration en prononçant (5]), dans la même affaire, « Que les pouvoirs exécutifs reconnus aux autorités administratives ne les ont pas incités à écarter X… des pratiques interdites, ni à le sanctionner ». Magistrats qui, constatant « qu'il semble bien alors que ce soit à l’Autorité judiciaire d'intervenir ici », maintenaient « l’interdiction [prononcée, en cours d'instruction, par le juge d'instruction d'Angoulême] de toute activité professionnelle de commerce ou de détention ou d'élevage d'animaux [afin d’] éviter la poursuite ou la réitération des infractions retenues dans la poursuite et pour ainsi mettre fin aux dangers qu'elles représentent pour la sécurité et la salubrité publique ».

Le 4 avril 2003, reconnu « coupable d’exercice illégal de la médecine vétérinaire, et d’importation illégale d’animaux en provenance de pays tiers », le commerçant fut condamné à 6 mois de prison avec sursis et à une amende de 13 500 euros. Déclarés « coupables de complicité d’importation illégale », les vétérinaires furent condamnés à une amende de 7 500 euros chacun. Les condamnés ayant interjeté appel, l’affaire sera rejugée à Bordeaux les 19 et 20 octobre 2004.

En Drôme

La plainte d’un client, mécontent du décès de son chien fait débuter cette affaire. Et, accompagnés de la brigade nationale d’enquêtes vétérinaires, les gendarmes perquisitionnèrent en mai 2002 le domicile d’un commerçant qui fut placé en garde-à-vue avant d'être libéré sous contrôle judiciaire. Comme ailleurs apparaît ici une complicité vétérinaire.

Des mises en examen ont été prononcées pour « faux et usage de faux, tromperie sur la qualité substantielle de la marchandise, pratique illégale de la médecine vétérinaire et importation illégale » à l’encontre des pratiquants d’une activité qui semble avoir duré au moins depuis 1998, porter sur 3 500 à 5 000 chiots et généré un chiffre d’affaire de plus de 450 000 euros (3 millions de francs). Les chiots saisis, surtout des Jack Russel, ont été placés au refuge de la S.P.A. de Romans.

On retrouve, ici, une façon de faire assez courante : le commerçant se rendait tous les mardis en Belgique au volant d’un ordinaire break pour s’y approvisionner en chiots qui, bien qu’identifiés comme étant nés et ayant été élevés en Belgique, étaient en réalité fraîchement rentrés d’Europe de l’Est. Dès leur arrivée dans la Drôme, ces chiots, pour la troisième fois en 24 heures, changeaient encore de nationalité, les puces électroniques belges étant enlevées et remplacées par de nouvelles. Les documents français tout neufs qui leur étaient fournis rendaient quasiment impossible que l’acheteur puisse un seul instant se douter qu’il achetait un chiot venant de passer 3 ou 4 frontières et de parcourir quelques milliers de kilomètres dans un fourgon inconfortable, le tout en moins de 2 jours.

Le juge d’instruction a informé l’ANTAC (partie civile dans ce dossier) que, l’instruction étant terminée, les prévenus allaient être renvoyés devant le Tribunal de Grande Instance de Valence le 14 décembre.

Dans la Marne

Un nombre important de clients mécontents du mauvais état de santé des chiots dont ils venaient de se rendre acquéreurs ont décidé de saisir la Justice qui décida d’ouvrir une enquête. Des gendarmes agissant sur commission rogatoire du juge d’instruction de Reims tombèrent par hasard, en fouillant un cabinet vétérinaire, sur un charnier renfermant 76 cadavres de chiens, ce qui leur laissa soupçonner un vaste trafic de chiens en provenant des pays de l’Est. Dans un premier temps, cinq personnes, dont deux vétérinaires, ont été mises en examen. Questionné par le journal l’UNION le Parquet a évoqué « une affaire complexe nécessitant des investigations difficiles à l'étranger, mais l’enquête suit son cours. »

En Val d'Oise

Cette affaire débute par l’achat d'un cocker américain qui, le jour même de l’acquisition, présenta à lui tout seul autant de maladies qu’une meute entière pourrait le faire : diarrhée sanguinolente, vers en abondance, plaques irritantes sur tout le corps et toux importante laissant pantois un vétérinaire qui, tout en étant sûr d’avoir reconnu les symptômes d’une maladie infectieuse, hésita entre une parvovirose et une maladie de Carré. Alors que, d’après les papiers de vente, ce chiot était vacciné contre ces maladies !

Après moult appels téléphoniques, quelques courriers (dont des recommandés) à l’animalerie, l’acheteuse se rend au magasin (qui entre-temps, a changé de ville) pour apprendre que si, moyennant paiement d’un surplus de 1 500 francs (229 euros), le pedigree hongrois de son chiot pouvait lui être fourni, le magasin était, par contre, opposé à lui rembourser quoi que ce soit.

N’ayant pas l’intention de se laisser faire, cette dame s’adresse à l’ANTAC locale qui va la soutenir dans toutes ses démarches, puis alerter la Direction Départementale de la Concurrence et de la Répression des Fraudes du Val d’Oise qui, prenant ce dossier très au sérieux, enquêta et transmit au Parquet un procès-verbal en janvier 2000.

Parallèlement, l’ANTAC alertait la D.S.V. du département ainsi que le maire de la commune en demandant la fermeture administrative de cette animalerie. Le maire, très motivé et réceptif, appuyait vigoureusement cette demande mais, malheureusement, recevait à son tour une fin de non-recevoir émise par une D.S.V. qui, comme celle des Pyrénées (voir plus haut), ne relevait rien d’anormal malgré ses contrôles alors qu'une multiplication des plaintes avait plusieurs fois conduit les gérants de cette société devant le Tribunal d’instance, notamment en juin 2000 où un seul avocat représentait 17 plaignants pour 10 chiots décédés.

Jusqu’à ce que, certainement excédé, le parquet décide d’ouvrir une information judiciaire et confie l’instruction à un juge qui, ayant fait toute la lumière sur le système de ces trois commerçants, les a renvoyés devant le tribunal correctionnel, les accusant :

  • de publicité mensongère ou de nature à induire en erreur,
  • tromperie sur l’origine ou les qualités substantielles d’une chose vendue,
  • obstacle à l’exercice des fonctions d’agent de l’inspection sanitaire vétérinaire,
  • cession et importation illicite de chiens d’attaque (chiens dangereux de la première catégorie, American Staffordshire).

À l’audience (mars 2003), seuls deux des prévenus étaient présents, le troisième n’ayant pu être joint. Au grand étonnement de leur avocat commun qui déplore d’autant plus cette absence qu’il a eu une longue conversation téléphonique la semaine précédente avec ce monsieur qui prétend gérer quatre autres animaleries dans le Sud de la France. Comportement ulcérant la bonne vingtaine d’acheteurs qui, sur les plus de 130 plaignants, n’avaient pas hésité à se déplacer pour exprimer les motifs de leur colère due à ces chiots malades dès l’achat qui nécessitent souvent une hospitalisation d’urgence pour vomissements, diarrhées, déshydratation, etc… et sur lesquels les vétérinaires diagnostiquent des maladie de Carré, parvovirose, voire des virus inconnus en France, confirmant ainsi la provenance étrangère de ces chiots.

Le tribunal s’est étonné de relever dans les journaux d’annonces distribués gratuitement, sur minitel ou dans l’annuaire des P.T.T. des publicités alléchantes car vantant « plus de 70 chiots », « plus de 100 chiots et chatons disponibles », « de nombreuses races », « tatoués, vaccinés, garantis », « suivi vétérinaire », « 25 ans d’expérience », « parents visibles à la ferme de X… » alors que :

  • les gendarmes qui, dans le cadre de leur enquête ont visité cette ferme n’y ont jamais vu aucun reproducteur, et pour cause puisque les chiots venaient tous de Hongrie après avoir transité par la Belgique ;
  • il est difficile d’avoir « 25 ans d’expérience » lorsque, comme l’une des gérantes, on est âgé que de 17 ans et que l’autre avouait qu’il s’agissait pour lui d’une activité nouvelle pour lui qui, peu de temps auparavant, travaillait dans le textile avant d’œuvrer dans le commerce des bovins ;
  • prétendre que les chiots étaient vaccinés et garantis ne pouvait, compte tenu du nombre des plaintes, que laisser planer un doute sur la véracité de l'assertion.

Le clou fut lorsque l'une des gérantes ne trouva pas de meilleur moyen de défense que d’affirmer « tous les autres font pareil ». Elle a dit la vérité !

Si les condamnations prononcées apparaissent lourdes (fortes amendes et 8 mois de prison avec sursis), elles doivent malgré tout être relativisées compte tenu de l'énorme chiffre d'affaires et du bénéfice dégagé par ce commerce pendant sa période d’activité.

Ce ne sera que bien plus tard, plusieurs mois après le prononcé des condamnations, que le préfet se décidera à prendre, enfin, un arrêté de fermeture administrative de cet établissement à compter du 1er décembre 2003 (alors que, rappelons-le, l’audience de jugement remontait à mars 2003). Sans que cela semble toutefois beaucoup gêner cette animalerie qui, comme ont pu le constater des adhérents de l’ANTAC le 25 avril 2004 (4 mois après sa fermeture administrative), n'avait toujours pas cessé de fonctionner. Ce qui a entraîné le dépôt d'une nouvelle plainte auprès du procureur.

Et à chaque fois, un charnier

À côté des 76 cadavres de chiens dont se voir créditer le vétérinaire de la région parisienne, les 73 dépouilles que les gendarmes ont découvertes dans l'un des congélateurs du commerçant pyrénéen paraissent peu de choses. Sauf si l'on y ajoute les 7 430 kilos de cadavres que cet importateur livrait annuellement à l'équarrisseur, ce qui conduit (par un calcul dont il vaut mieux vous épargner les sordides détails) à estimer qu'environ 4 000 chiens meurent chaque année chez ce seul commerçant. Qui aurait donc sur la conscience la mort de 20 000 à 30 000 chiens pendant sa période d'activité ! On atteint des sommets !

Une employée a témoigné du mauvais état de santé des chiots, et d’une mortalité effroyable, comptabilisé à 26 décès sur 151 chiots soit 17 %.

Au cours de leur perquisition, les gendarmes de la Drôme ont découvert le charnier habituel en pareille circonstance malgré que le commerçant ait pris le soin de creuser dans sa propriété une excavation grâce à une pelleteuse. Mais celle-ci s'étant très vite avéré trop petit pour contenir les centaines de cadavres de chiots, le trou de départ s’est rapidement transformé en monticule. Ce qui a attiré l'attention des enquêteurs.

Ailleurs, c’est le 24 mars 2001 que des gendarmes d’Ile de France qui perquisitionnaient dans un château en ruines dont le propriétaire vivait des revenus de ses 4 animaleries situées dans l’agglomération parisienne aperçurent 42 chiots faméliques entassés dans de petites cages au fond de hangars insalubres. Poursuivant leurs recherches, ils découvrent l’horreur habituelle : un charnier avec des chiens de 15 races différentes, une tête de cerf, des cadavres de renards, de tortues ainsi que le corps d’une panthère. Des poursuites étaient immédiatement engagées pour mauvais traitements à animaux, actes de cruauté, détention d’espèces protégées et infraction à la législation douanière.

En Alsace, point de passage très fréquenté par les importateurs de chiens et chats, les occasions de saisies ne manquent pas. Ainsi, en février 2001, les « Dernières Nouvelles d’Alsace » ont rapporté que l’interception d’un camion slovaque avait entraîné la découverte de 28 cadavres de chiots déshydratés sur un chargement de 48 venant s’ajouter aux 82 chiots importés de Slovaquie saisis le 10 avril 2001 à Strasbourg, à l’occasion d’une opération conjointe des Douanes et de la D.S.V., qui furent confiés à la S.P.A. Même si les résultats concrets de cette saisie ont été ensuite occultés, il n’en demeure pas moins que, malgré tous les soins et le dévouement des vétérinaires et des bénévoles, 29 de ces chiots ont dû être euthanasiés, après examen vétérinaire, soit 35 %.

Bien que totalisant déjà un nombre conséquent de chiots décédés dans des circonstances carrément opposées aux « besoins biologiques de leur espèce » (comme dit la loi), ces quelques affaires ne sont que la partie émergée d'un iceberg. Car, pour quelques-uns qui saisissent la Justice, combien de propriétaires floués restent dans l’anonymat ? Et, sur ces quelques plaintes déposées, combien aboutissent ? Et, enfin, sur le nombre de chiots quittant leur mère un certain jour, combien sont encore en vie une ou deux semaines plus tard après avoir parcouru quelques milliers de kilomètres à l’étroit au fond d'un camion sombre surchauffé en été, glacial en hiver, envahi d'odeurs de fèces et de vomi, après avoir franchi plusieurs frontières et subi au moins autant de transbordements ?

S’agit-il de chiots ou de viande ?

C’est la question que l’on ne peut manquer de se poser au su des conditions dans lesquelles voyagent ces animaux. Sachant toutefois que, si les viandes froides sont très contrôlées pendant leurs voyages parce que destinés à notre alimentation [6], les transports d’animaux vivants s’effectuent dans la plus totale liberté. Ce qui permet d’arracher trop tôt à leur mère des chiots auxquels on fait parcourir 2 000 ou 3 000 km en très peu de jours (3 ou 4 maximums) dans des conditions épouvantables sans pratiquement aucun temps d'arrêt [7] excepté ceux des transbordements pendant lesquels ces petits êtres sont plus malmenés que des ballots de linge sale ou des quartiers de bœuf.

Des rapports existent

Si, dans son rapport remis au ministre en mars 2000, le professeur LEGEAY se permettait d'écrire [8] après une diatribe portant aux nues les conditions du transport des chiots que « La mortalité durant le transport est faible », le connaisseur qu'était le regretté professeur Guy QUEINNEC était, lui, d’un avis diamétralement opposé puisque disant que « Sur un plan zootechnique, on peut trouver normal une mortalité de chiot de l’ordre de 20 % à l’élevage et une mortalité de 5 % par trajet de 24 heures. Chaque transbordement coûte à peu près 5 % de perte. Lorsque l’on met une grande collection d’animaux sains dans un même local, il se produit un phénomène appelé microbisme qui les rend tous malades dans les trois jours. Aucun moyen de désinfection n’en diminue sérieusement ce phénomène qui sera combattu par l’aération et le vide sanitaire (9). C’est cette particularité qui explique l’échec des grands élevages et des grands rassemblements de chiots. Ce phénomène est marqué si les chiots ont entre 6 semaines et 2 mois et demi. Plus jeunes, ils ont protégé par le sérum maternel. » Une centaine de chiots transportés sans aucune précaution pendant 2 ou 3 jours sur des distances de 2 000 à 4 000 km dans des véhicules de 20 à 30 m3 seront forcément contaminés en masse ; même si au départ l’énorme majorité du lot était saine, quelques malades suffiront pour contaminer la quasi-totalité des animaux.

Observations que conforte un vétérinaire, expert judiciaire, commis dans une affaire d’importations douteuses, qui écrivait dans le rapport qu’il remit au Tribunal après avoir examiné un lot de chiot provenant de Belgique que : « les conditions de transport ne correspondent pas à un état de bien être pour les animaux […], dans des conditions stressantes de transport de ce type (aboiement, défécation, bruit, température, durée…), des animaux qui, la veille, vivaient dans un environnement stable en raison de leur jeune âge, se trouvent soudainement séparés de leur mère et des autres chiots de la portée, deviennent alors très réceptifs au moindre microbe ambiant (par exemple dans le véhicule). De plus la période d’incubation étant de 5 jours environ, si un chiot est réceptionné juste avant un week-end, vendu aussitôt, il va manifester les premiers symptômes deux ou trois jours après la vente ». C’est-à-dire chez ce particulier qui en est devenu l’acquéreur final. Car les enquêteurs ont noté que, par exemple, l’importateur pyrénéen recevait ses chiots les mardi et mercredi pour les réexpédier aussitôt (après les avoir identifiés pour la énième fois, naturalisés Français) afin qu'ils puissent attirer le chaland derrière les vitrines des animaleries au plus tard le vendredi. Ce dont témoignait (involontairement) cette gérante de l'animalerie du Val d’Oise déclarant à la barre du tribunal que les chiots lui étaient livrés le jeudi et qu’elle faisait en sorte que la plupart soient vendus avant le dimanche soir.

Tous ces chiots contaminés pendant leur transport déclareront donc probablement une maladie chez leur acquéreur, un particulier qui, faute de connaissances vétérinaires, risque fort d'être le seul à payer les pots cassés pendant qu’intermédiaires, courtiers et vendeurs s’engraissent.

Nous sommes contraints de nous contenter des estimations du professeur QUEINNEC car le rapport du professeur LEGEAY omet d'interroger ces administrations qui lui auraient permis d'approcher le nombre de chiots importés chaque année. Tâche qui, compte tenu des moyens qui lui furent alloués par le ministère, n’aurait certainement pas été trop difficile. Ne serait-ce qu’en s'enquérant auprès des D.S.V. du nombre des chiens mis en quarantaine et/ou en demandant aux Douanes de compulser leurs bordereaux d’importation. Mais se pâmer devant la qualité du transport des chiots permet de passer sous silence ces charniers qui, pourtant, fleurissent de partout. Faisant regretter la quantité d’arbres qu’il a fallu abattre pour publier un tel rapport !

Compte tenu de ce que l’auteur de ce texte a été entendu par la mission d’information parlementaire sur la commercialisation et l’identification des chiens et des chats, cela fait craindre que le rapport qu’elle a rendu public le 13 février 2001 reprenne les mêmes données.

Mais là où cette affaire devient énervante c’est lorsque le professeur LEJAY écrit [10] que « Le métayage est très généralement organisé par les courtiers. Cette activité consiste à placer certaines lices chez des “naisseurs”, généralement des agriculteurs qui bénéficient ainsi d'une source de revenus complémentaires non négligeables. », qu’il continue par « On peut même imaginer, du moins dans certaines zones en difficulté, type agriculture de montagne, des aides au titre du « maintien d’une activité sur site ». » et qu’il conclut que « Le métayage a connu un certain développement dans les Pyrénées à l’initiative du principal courtier français. »

Mais là où ce rapport fait vraiment grincer les dents des protecteurs des animaux, c’est lorsque le professeur Legeay propose « du moins dans certaines zones en difficulté, type agriculture de montagne, [de verser] des aides [d’État, bien sûr] au titre du “ maintien d'une activité sur site” ». C’est-à-dire, en clair, de subventionner ces courtiers qui, comme il le reconnaît lui-même, sont les promoteurs de ce qu’il appelle le « métayage » et qui donc, s’il y en a un jour, encaisseront très probablement les subventions puisque étant propriétaires des reproductrices.

Tout n’est pas négatif dans le rapport Legeay. Le paragraphe « la traçabilité des animaux importés » est excellent et tous les amis des animaux pourraient y souscrire quand il affirme : « la traçabilité des animaux importés nous paraît totalement insuffisante et les documents sanitaires sujets à caution »... « il apparaît donc indispensable d’améliorer significativement la traçabilité des animaux » c’est-à-dire en fait de la créer. Le rôle de la Belgique est également bien perçu : « elle offre l’intérêt “d’Unioniser” les animaux, baptisés d’origine belge pour la circonstance, avec les conséquences sur la libre circulation. En réalité, beaucoup de courtiers ont renoncé à cette pratique, sous le feu de l’actualité médiatique (la filière belge) et parce qu’ils ont rapidement compris qu’une étape supplémentaire était source d’agressions sanitaires inutiles ».

En fait, c’est le point de vue du « principal courtier français » qui est repris et justifié : « ils ont donc préféré être dans l’illégalité pour ce qui concerne l’âge des animaux, les faisant bénéficier ainsi d’un transport plus rapide ».

Quel optimiste, ce Professeur Legeay ! Le raccourcissement des circuits d’approvisionnement par le « principal courtier français » est présenté comme un énorme progrès : les 7 250 kg de chiots livrés à l’équarrisseur durant l’année 1999 apprécieront l’importance du progrès.

Le problème (et il est conséquent) est que ces quelques affaires dont nous avons parlé plus haut ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Parce la proportion des propriétaires floués qui soit portent plainte, soit s’adressent aux associations qui pourraient les aider est très (trop) faible.

Parce que, lorsque les dossiers sont mal ficelés, les Parquets ont tendance à classer parce qu’ils sont surchargés.

Parce que l’information ne circule pas entre les gens de chiens qui préfèrent tous œuvrer chacun dans son coin.

Parce que le monde cynophile est composé d’indépendants frileux qui préfèrent rester tranquillement assis sur leur pliant pour regarder les autres agir à leur place.

Alors qu’il serait indispensable qu’une mobilisation sans précédent regroupe les associations de protection animale, les éleveurs, les syndicats d’éleveurs concernés au premier chef par cette concurrence déloyale, les clubs de races, les salons de toilettage, les vétérinaires indignés, etc… Car seule une action commune pourrait faire avancer l’Europe de la Justice et obliger l’administration française à ne plus fermer ces yeux qui devraient rester ouverts pour stopper les importations massives de ces pays de l’Est où la rage sévit toujours à l’état endémique.

Henri Barbe,
Président de l’ANTAC

Conception : Spheerys | Design : Sltdm